Craintes sur la conjoncture de la construction

Publié le 15 Août 2018

Le point trimestriel de la FFB a pris une tournure inhabituelle. Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) avait exceptionnellement à ses côtes Patrick Vandromme, président de LCA-FFB, l’organisation qui représente les aménageurs, CMIstes et promoteurs. Et l’enjeu est important puisqu’il s’agit rien de moins que du ralentissement de la conjoncture du bâtiment en 2018 et 2019

Depuis plusieurs mois, les communiqués sur la conjoncture dans le bâtiment au premier semestre 2018 sont contradictoires et laissaient entrevoir un ralentissement de l’activité.
Les chiffres sont tombés et la réalité est contrastée et commence à inquiéter la Fédération Française du Bâtiment et son président.
 
Tout va bien pour le non résidentiel
Sur le marché du non résidentiel, les indicateurs sont au vert et la bonne santé de l’activité économique générale se ressent sur ce secteur.
La commande publique notamment locale bat son plein à mi-mandat électoral (+28%), la construction de bureaux progresse à +22,5% et même la construction de bâtiments industriels est en croissance de plus de 5%, en réponse aux besoins d’extension de la capacité de production des usines.
 
La rénovation stagne
Avec moins de 1% de progression, l’entretien-rénovation stagne même si les entreprises se déclarent satisfaites de leur volume d’activité. Cette (faible) progression s’appuie principalement sur la rénovation des logements, qui progresse de 1,7% alors que le non résidentiel régresse.
Toutefois, le nombre d’entreprises du bâtiment étant relativement stable et la main-d’œuvre difficile à trouver, on peut en déduire sans grand risque de se tromper que le non résidentiel neuf, les bâtiments administratifs et le tertiaire absorbent les capacités de production disponibles.
 
Le logement neuf souffre sérieusement
Mais l'inquiétude de la FFB et de LCA-FFB vient du secteur du logement neuf !
Malgré les taux de crédit toujours bas, la construction de logements neufs stagne voire régresse sur certains segments.
Jacques Chanut insiste « depuis plusieurs mois sur ce brutal repli des ventes de logement. Il se traduit maintenant en baisses respectives de 1,8 % et 4,3 % des permis et des mises en chantier, en glissement annuel sur les cinq premiers mois de 2018. La tendance s’accélère d’ailleurs puisque sur trois mois, ces chiffres ressortent à ‑5,6 % et ‑6,6 %. Enfin, comme pour les ventes, la dégradation s’observe pour l’individuel comme pour le collectif. »

 
 
Les mesures gouvernementales sont la cause principale de cette baisse
La FFB insiste sur le fait que ce ne sont pas les intempéries du printemps qui sont cause de cette baisse et elle en veut pour preuve que le non résidentiel n’a pas été affecté par le printemps pourri.
Par contre le rabotage du Pinel pour l’investissement locatif et la suppression de l’APL accession ont été, selon la FFB et LCA-FFB, les principales raisons qui expliquent le décrochage dans le logement neuf.
Patrick Vandromme est affirmatif : « La cause profonde du retournement à l’œuvre réside donc fondamentalement dans la dégradation de l’environnement institutionnel, les modifications du contexte économique ne jouant qu’un rôle secondaire. »
 
Un exemple concret pour la maison individuelle
Et il prend un exemple concret : « En Région Occitanie, à Castelsarrasin, une famille de cinq enfants, avec 2 600 euros de revenus mensuels a un projet (maison + foncier) de 265 000 euros. En septembre 2017, le financement de l’opération par un prêt PAS, un crédit classique et un prêt à taux zéro de 92 000 euros générait une mensualité de 945 euros, soit un taux d’endettement de 36 %. Grâce à l’APL accession, la mensualité descendait à 763 euros, pour un taux d’endettement de 29 %. En mars 2018, après réduction de la quotité du PTZ et suppression de l’APL accession, la mensualité atteint 995 euros. Avec un taux d’endettement de 38 %, le dossier n’est plus finançable. »
 
La FFB tire la sonnette d’alarme
Jacques Chanut attire donc l’attention du gouvernement sur l’effet d’accumulation des mesures négatives, non seulement celles qui expliquent le coup de frein dans le neuf et la M.I. mais aussi dans la rénovation.
En effet la sortie des fenêtres et chaudières fuel HP du CITE et la petite musique de fond sur la suppression de la TVA à 5,5% l’inquiètent particulièrement. En ajoutant à cela les mesures « d’écologie punitive » qui porteraient sur les obligations de travaux avant relocation pour les propriétaires bailleurs et le bonus/malus à la vente sur des critères de performances énergétiques du logement, vous avez les conditions d’une sérieuse récession dans le bâtiment, selon lui.
Enfin, cerise sur le gâteau, la possible mise sous conditions de ressources de toutes les aides au logement y compris le « Pinel » finirait d’achever la bête.
 
Des entreprises fragiles mais des mesures appréciées
Ce risque de récession serait lourd de conséquences pour des entreprises qui restent fragiles et qui peinent à reconstituer leurs marges.
Sur fond de hausse des prix des matériaux à hauteur de 3% , les prix dans le bâtiment se sont faiblement redressés à +1,1% ce qui ne permet pas aux entreprises de retrouver un taux de marge suffisant pour investir et se développer.
Toutefois les annonces faites par Bruno Le Maire lors du congrès de la FFB arrivent donc à point nommé et la FFB se félicite que la loi Pacte prévoit l’interdiction des ordres de service à 0 euro et un relèvement de 5 % à 20 % des avances sur les marchés d’État, que la FFB souhaite voir étendus à tous les marchés publics.
 
Un cri d’alerte
La FFB lance donc un cri d’alerte au gouvernement, au moment où les mesures de la loi de finances 2019 se discutent. Le prélèvement à la source, qui démarre en janvier prochain, est un facteur de risque supplémentaire non seulement par le poids qu’il fait peser sur les entreprises qui doivent s’organiser et investir pour sa mise en place, mais aussi parce qu’il ouvre une année d’incertitude pour l’investissement locatif des particuliers.
 
Et Jacques Chanut de conclure « Finalement, le bâtiment se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Reste à faire, durant l’été, au travers de la Loi de finances pour 2019, le bon choix entre la voie qui conduit au paradis ou celle qui mène aux enfers. Le gouvernement s’est montré capable de nous entendre sur des sujets de trésorerie, gageons qu’il saura aussi nous entendre sur le sujet fondamental de la satisfaction des besoins. »
 
Toutefois, il faut avoir en tête que l’achat d’un logement dépend au final et au-delà des taux d’intérêt, du pouvoir d’achat des ménages. Or celui-ci a peu progressé ces dernières années. Ttoutes les mesures prises par le gouvernement Philippe portent sur le soutien aux entreprises et aux investisseurs. Nous posons donc la question du revenu des salariés et de sa progression, qui sont des facteurs clefs pour la confiance dans le futur et donc dans l’envie d’investir dans son logement.
 
Régis Bourdot

Images © FFB 

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